Depuis bien longtemps, les voyageurs conquis par la magie de Marrakech, son climat ensoleillé et la couleur particulière de ses murs au couchant, l'ont appelée la Ville Rouge.

Marrakech, il y aura bientôt mille ans, a surgi de la plaine aride de terre et de cailloux qu'entourent par le sud les sommets de l'Atlas. Née pour être capitale par la volonté de quelques nomades venus des confins du Sahara, bousculée par les courants de l'histoire, Marrakech a su garder le charme de ses splendeurs passées.

Et ce n'est pas sans raison que son seul nom draine tout un flot d'images d'Orient, d'exotisme, de parfums de pacotille et qu'elle agite encore devant nos yeux émerveillés, des tapis décolorés au soleil, l'éclat du cuivre dans la pénombre de ses souks, la nostalgie d'une fontaine dans un palais abandonné.

Marrakech vit toujours…
Elle s'est retirée derrière des portes et des murs, dans l'intimité et la fraîcheur de ses arcades, entourant des jardins d'orangers et de jasmins.

Dans la médina, toutes les maisons ont été bâties sur le même modèle : les pièces entourent le patio et le jardin avec au centre la fontaine. En arabe, on appelle " ryads " ce type de maison.
La ville, comme un gigantesque dédale, s'est développée horizontalement par juxtaposition de ses ryads qui n'offrent que leur porte et des façades aveugles à des ruelles étroites et sinueuses. On s'y perd.

De ci, de là, un minaret, une petite place, haut perchée, la tête ébouriffée d'un palmier, indique ici une mosquée, le centre d'un quartier, là un jardin, un palais peut-être. La fascination qu'exerce la ville tient sans doute beaucoup à cette apparente anarchie.

 
 

 

 

Avec plus de 600 hectares, la médina de Marrakech est la plus étendue du Maghreb. Jusqu'au début du siècle, les remparts entouraient de nombreux jardins et vergers. Ils ont été progressivement remplacés par de nouveaux quartiers d'habitation que l'on reconnaît par leur tracé au carré. Les quartiers les plus anciens sont regroupés au nord de la place Jemaa El Fna et entourent les souks.

C'est dans le dédale de la médina que bat le vrai cœur de la ville, dans ses ruelles sinueuses, dans les anciens foundouks (caravansérails) qui entourent les souks, et autour de ses patios, de ses fontaines, de ses jardins, au cœur de ses maisons dont le calme offre le plus rafraîchissant contraste avec le tumultueux désordre des rues.

A Marrakech, il faut oser se perdre un peu.

Il y a deux sortes de rues dans la médina. D'abord les rues principales, bordées de commerces et de boutiques. Elles mènent toujours quelque part, vers les portes des remparts ou vers la place. Ce sont les riads. Puis il y a les ruelles (derbs) qui désservent les quartiers. Elles sont étroites et pittoresques cernées de murs et de portes. Parfois couvertes par des pièces d'habitations (sabas). On n'y trouve aucune boutique. Ce sont pour la plupart des impasses qui ne mènent qu'aux maisons. Elles sont numérotées de droite à gauche, la première porte à gauche vous indique donc le nombre de maisons du derb. Chaque quartier s'organise autour de sa mosquée, de sa fontaine, de son hammam et du four banal où on va faire cuire son pain.

Chaque maison est centrée sur son patio ou son jardin, et ce sont toutes ces constructions collées les unes aux autres qui forment comme un tissu horizontal, un curieux tapis de terre et de chaux d'où émergent, ça et là, la flèche d'un cyprès.

Difficile de comprendre Marrakech sans avoir goûté l'ambiance des derbs et des ryads, sans être monté voir au niveau des terrasses, l'étonnant spectacle de la ville.

 

 

Marrakech, la rouge, la joyeuse, la sainte, ville d'artisanat et de commerce, par essence cosmopolite, a su créer au fil du temps, une cohésion sociale dans des espaces très denses, par des règles de voisinage, de respect et de tolérance issues de la religion musulmane.


L'architecture des maisons et des ryads n'est pas un simple collage de formes, elle est la parfaite réponse d'une population urbaine à ses besoins d'habitat, en répondant aux exigences d'un site, d'un climat, avec des matériaux et des savoir-faire traditionnels.


Outre les grandes mosquées et les monuments, c'est la structure urbaine si particulière de la ville et la façon dont les maisons collées les unes aux autres forment les derbs et les quartiers qui a ainsi été reconnue comme indispensable témoignage pour les générations futures de la façon dont les hommes ont parfois su organiser l'espace pour vivre ensemble.


La médina de Marrakech a été classée par l'Unesco sur la liste du patrimoine mondial en 1985. Mais, même en comptant sur l'aide internationale et sur les bonnes volontés des autorités locales, il semble difficile d'enrayer le processus de destruction lente des quartiers anciens, d'empêcher les constructions sauvages sur les toits, le morcellement des maisons et le dépeçage des anciens palais dont on retrouve les portes et les plafonds en pièces détachées dans les bazars. Il est difficile de lutter contre la tendance très forte qu'a la médina de vendre son âme au béton armé et aux si laides antennes paraboliques.


La restauration de certaines maisons historiques a été prise en charge par des privés. Plusieurs grands ryads sont ainsi devenus des résidences secondaires de luxe, mais ces interventions n'évitent pas toujours les pièges d'un orientalisme éclectique et souvent kitch.


S'inscrivant dans cet esprit de sauvegarde, mon projet a été de participer à la préservation des espaces, des techniques de construction traditionnelles et d'un art de vivre qui fait le charme de la ville et de ses maisons.

 

 

 
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